Une chance sur trois

Il y a une chance sur trois que l’électricité qui a alimenté l’ordinateur sur lequel j’ai écrit ce billet ait été produite avec de l’uranium nigérien. Mais au Niger, 90 % de la population n’a pas accès à l’électricité.

Cherchez l’erreur.

Sans aller jusqu’à demander la construction d’une centrale nucléaire dans leur pays, plusieurs centaines de Nigériens ont participé samedi à Niamey à une manifestation (faible selon les uns et gigantesque selon les autres) pour dénoncer le partenariat “déséquilibré” entre Areva et leur pays. Le groupe français, qui exploite depuis déjà une quarantaine d’années les mines d’uranium dans le nord du pays, exploiterait aussi les habitants, ne reversant au Niger qu’une maigre partie de ses bénéfices… d’exploitation.

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Le contrat entre Areva et l’état nigérien expire le 31 décembre prochain et les négociations sont l’occasion d’un bras de fer. Niamey envisage de porter la redevance versée par le groupe de 5,5 % à 12 % du chiffre d’affaires, tandis qu’Areva évoque un titre minier octroyé en 1968 par le Niger qui prévoit des clauses de stabilité de 75 ans, “donc jusqu’en 2043”, s’insurge Ali Idrissa le coordinateur du Rotab (Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire) qui exige un peu plus de transparence concernant les chiffres réels du business de l’entreprise française. Entreprise nationalisée à 80 % et qui pleure sur la baisse de la demande d’uranium suite à la catastrophe de Fukushima et la hausse de ses coûts d’exploitation.

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Oxfam a lancé une campagne pour peser sur ces négociations afin que les profits générés par l’uranium nigérien bénéficient d’abord au Niger qui reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

Après avoir rédigé ce billet, j’ai signé hier la pétition lancée par le Rotab et Oxfam demandant un rééquilibrage des bénéfices de l’uranium.

Pour que plus de 10 % des Nigériens aient accès à l’électricité. Et qu’ils aient de quoi la payer (près de 60 % des Nigériens vivent avec moins de 1$ par jour). Quitte à rogner sur les bénéfices d’Areva. Quitte aussi à payer plus cher l’électricité qui m’a servi à protester contre l’injustice…

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(photos : Boureima Hama)

Pour étoffer quelque peu l’iconographie du jour, j’ai voulu trouver d’autres images de la manifestation de samedi dans les rues de Niamey. En cherchant notamment avec le nom du photographe, Boureima Hama. Je n’ai rien trouvé de plus. Mais j’ai découvert ces sessions acoustiques en provenance de Niamey, avec Salam Boureïma :

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JR (abcdetc)
JR, a priori ça n'a rien à voir avec abcdetc. Plutôt avec Jean-Robert, mais appelez moi JR. Oui, comme ... le photographe. Depuis plus de 50 ans que je vis dans ce monde, je n'en ai pas encore compris le sens et même quand je pense à la façon dont la planète tourne sur elle même ou autour du soleil, je suis obligé de réfléchir pour ne pas me tromper de sens. Alors je ne vous dis pas comme parfois je me prends la tête quand je vois tourner l’actualité. citoyen du monde, natif et résident en France.
JR (abcdetc)

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2 thoughts on “Une chance sur trois

  1. La solution : Le commerce équitable !
    Bon, c’est sur, on parle plutôt de ça avec le thé, le café, les fruits secs, le cacao, le sucre, les jus de fruits, le riz, etc… mais… avec de l’uranium !!!???

  2. Je ne suis pas un spécialiste de l’économie ou des finances.
    Mais est-ce qu’on peut équitablement comparer les résultats d’Areva (9,342 milliards d’euros de chiffre d’affaire, 1,225 milliard d’excédent brut…) au budget du Niger (1279 milliards … de francs CFA, soit 1,9 milliard €).
    Je ne sais pas, mais ça donne quand même une vague idée d’un certain déséquilibre.

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