La bourse ou la vie ?

panda-washington

J’ai dû me pincer hier matin pour vérifier que je ne rêvais pas après une nuit de sommeil trop courte et un peu agitée.

Il faut dire que la radio et les gazettes annonçaient avec un certain unisson un krach boursier chinois (que tout laissait prévoir dans les semaines passées… ) en tentant cependant de nous rassurer en nous expliquant que la chute des valeurs n’aurait pas vraiment d’influence sur notre quotidien de consommateur occidental et que de toute façon cela n’avait que peu de rapport avec la réalité.

Je vous ai trouvé un petit florilège de ces déclarations sur “l’économie réelle”.

“Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle (alimentant en particulier les marchés boursiers) plutôt que dans l’économie réelle.” (Liu Li-Gang, économiste de la banque AN, cité par Le Parisien via L’AFP)

“Les Bourses chinoises s’étaient envolées de 150 % en l’espace d’un an, dopées par un endettement massif et déconnectées de l’économie réelle.” (L’AFP toujours)

“Ces chutes lundi sont aussi l’éclatement d’une bulle financière, signe d’un décalage des marchés avec l’économie réelle.” (Marina Cabiten sur France-Bleue)

“Il y a quand même une différence entre marché boursier et économie réelle.” (Philippe Ledent, économiste ING, sur RTBF)

“On assiste actuellement à un ajustement par rapport à l’économie réelle.” (Philippe Waechter, directeur des recherches économiques chez Natixis Asset Management, interviewé par Francetvinfo)

“Il faut aussi relativiser le poids de la Bourse dans l’économie réelle chinoise.” (Sylvain Broyer, économiste lui aussi chez Natixis, interviewé par L’Express-L’Expansion)

“L’impact de la dégringolade des marchés sur l’économie réelle sera probablement limité.” (Sous-titre d’un article réservé aux abonnés de L’Opinion)

“Mais au total, pas de quoi renverser l’économie réelle.” (Marion L’Hour sur France-Inter)

“Une croissance factice qui a fini par se cogner à l’économie réelle.” (Victor Point dans 20minutes)

“Chine : derrière le plongeon des marchés, la crise de l’économie réelle.” (Titre de l’article de Claire Guélaud dans Le Monde)

“Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle. Il faut faire plus pour l’économie réelle.” (Patrice Gautry, chef économiste d’UBP cité par Le Figaro)

La banque centrale s’efforce désormais de guider ces fonds [d’État] vers l’économie réelle.” (Wang Shengzu, économiste de Barclays Capital cité par La Croix)

“L’économie réelle de la Chine ralentit mais il est tout à fait naturel que cela se produise.” (Carlo Cottarelli, directeur exécutif du Fonds monétaire international, cité par Boursorama… dimanche dernier à la veille du crash)

Mais vous pouvez en trouver plein d’autres par vous même (en français comme en anglais, et peut-être en chinois ?). Il y a même un site Internet éponyme, créé par … PSA, pour financer ses ventes de voitures.

Bref.

Il est vrai que l’économie irréelle, virtuelle, fausse, abstraite, artificielle, factice, illusoire, mensongère, théorique, imaginaire, fictive, etc. représente largement plus que l’autre si l’on en croit certains chiffres, comme ceux de ce tableau trouvé ici :

Ou ce ratio que j’ai trouvé plusieurs fois cité (en cherchant un graphique publié jadis sur une double page du Monde diplomatique, avis aux archivistes…)

En 1990, le montant des transactions financières représentait déjà 15 fois la valeur du PIB mondial. À la veille de la crise, en 2007, ce montant atteignait 70 fois le PIB mondial.

Et comme la folie spéculative n’a pas été vraiment (réellement?) freinée par ladite crise, on peut imaginer que le rapport c’est encore accru. De là à conclure que l’impact sur nos vies de la “crise” chinoise sera au moins 70 fois moins important que sur celles du Pékinois moyen (ou pas)…

On peut raisonnablement penser tranquillement à autre chose.

Comme les lecteurs du Monde, qui plaçaient hier en tête des articles les plus partagés, un billet du blog “Passeurs de sciences” de Pierre Barthélémy qui répondait à l’angoissante question : Qui a découvert le clitoris ? à partir d’une étude publiée en 2010 dans l’European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology et joliment intitulée Colombo and the clitoris.

Rien à voir avec Peter Falk, mais plutôt avec Realdo Colombo lequel, dans De re anatomica, un ouvrage rédigé de 1542 jusqu’à sa mort en 1559, localise le clitoris et le décrit comme “le siège principal du plaisir des femmes pendant les rapports sexuels” ajoutant que “s’il est permis de donner un nom aux choses découvertes par moi, cela devrait être appelé l’amour ou la douceur de Vénus. On ne peut dire à quel point je suis surpris par le fait que de si nombreux remarquables anatomistes ne l’aient pas détecté.”

Voilà un beau retour à la réalité du monde. Même si pour ma part, j’attribuerais plus volontiers la découverte du clitoris à Eve ou à Lucy…

Quant à la photo du jour, elle n’a (malgré certaines apparences) aucun rapport avec le clitoris et je l’avais choisie avant de trouver l’article de Pierre Barthélémy. Rien de sexuel donc (ni de vraiment boursier). Juste l’image (parmi d’autres) de la naissance de deux bébés pandas dimanche 23 août au zoo de Washington dont je ne savais pas trop dans quel billet j’allais la publier…

(photos : Becky Malinsky)

De la réalité au Real World de Peter Gabriel. C’est cohérent, non ?

C’est en visitant le site du label que j’ai découvert les Colombiens de Sidestepper, avec ce titre Come See Us Play extrait de leur prochain album, à paraître en janvier 2016, sous le titre Supernatural Love.

Et vous m’excuserez si je vous laisse établir les rapports entre “amour supernaturel”, économie réelle, clitoris et pandas…

En bonne compagnie ?

“Allez-vous sauver la planète vendredi ?”

C’est l’étrange question que m’a posée hier Le Parisien, via une édition spéciale de sa lettre d’information consacrée à la Journée mondiale de l’environnement qui se déroule aujourd’hui.

Et quand j’ai cliqué pour en savoir plus, j’ai découvert ce beau programme :

Que le site dédié des Nations unies décline en proposant de poster son rêve parmi ceux de milliers de Terriens qui ont participé à cette magnifique opération, parrainée par Leonardo Di Caprio : “[…] partager les rêves qui nous permettrons (sic) d’avoir une planète saine et à prendre des engagements en vue d’atteindre les objectifs de développement durable durable (resic).”

Il faisait chaud, je rêvais juste de fraîcheur et d’un verre d’eau. Avec la conscience de ma chance infinie de pouvoir m’offrir tout cela d’un seul geste. Mais pas plus envie de lire des centaines de messages des temps modernes en anglais, ni de partager grand-chose avec Leonardo di Caprio. Ni d’avoir envie de croire encore à cette arnaque du développement durable (durable), dont je m’offre juste le plaisir à chaque fois de dire que c’est un oxymore.

Pas plus que je ne me sens de partager grand-chose avec les pollueurs dont on a appris cette semaine qu’ils seront les sponsors de la Conférence climat de Paris (COP21), qui doit réunir en fin d’année à Paris 40.000 participants de 196 délégations, sans compter 3000 journalistes. Et peut être quelques ratons laveurs… Pour un budget prévisionnel de 187 millions d’euros, que des entreprises qu’on n’imaginait pas à la pointe de l’écologie (EDF, Engie – ex-GDF Suez –, Air France, Galeries Lafayette, Ikea, JCDecaux, LVMH, Michelin, La Poste, Renault Nissan, etc.) financeront – en partie – en échange d’une belle image de défenseurs de l’environnement et de la planète, qu’ils pourront valoriser dans leurs publicités.

Combien de conférences inutiles et de journées pour rien faudra-t-il avant que nous réalisions collectivement que le modèle économique dominant n’est pas compatible avec notre survie ?

Hmmm…

Je me suis resservi un verre d’eau fraîche.

Et comme il fallait bien une image pour ce billet, j’ai repensé (et pas vraiment par association d’idées avec Leonardo di Caprio) à ce pauvre pingouin sur sa banquise que j’avais aperçu il y a quelques semaines, illustrant un article à propos d’un rapport de la Nasa, nous alertant sur la fonte accélérée des glaces de l’Antarctique du côté de la barrière de Larsen.

“Bien qu’il soit fascinant scientifiquement d’avoir un siège au premier rang pour regarder la banquise se craqueler et se briser, c’est une mauvaise nouvelle pour notre planète. Cette masse de glace existe depuis au moins 10.000 ans, et aura bientôt disparu.”

pingouin

Brrr…

Et je ne crois pas que le pingouin ait une chance quelconque de s’assurer auprès d’AXA, l’un des sponsors de la COP21.

(photo : DR – Reuters)

Je n’ai pas envie d’être fataliste ces temps-ci : il n’est peut être pas trop tard pour nous sauver (la planète n’a pas besoin de nous pour le faire).

Par contre, j’ai raté Elvis Perkins qui passait à côté de chez moi mercredi soir.

Je me consolerai en vous passant deux morceaux du bonhomme. L’un de son tout récent disque, I Aubade :

L’autre plus ancien, de quelques années, à travers lequel j’avais découvert cette voix qui semble d’un autre âge.

Moi j’m’en foot…

Son pays proteste depuis bientôt un mois et l’annonce de sa candidature à un troisième mandat présidentiel. Une tentative de coup d’Etat a ébranlé son pouvoir, plus de 20 personnes sont mortes dans les manifestations (dont encore 2 hier), plus de 100.000 habitants ont fui vers les pays voisins, la mobilisation ne semble pas faiblir malgré la répression policière qui menace maintenant les journalistes étrangers, les radios libres sont muselées et surveillées par la police… mais Pierre Nkurunziza a causé sur les antennes de la radio-télévision nationale dans la soirée du mercredi 20 mai pour affirmer que “la paix et la sécurité règnent au Burundi”.

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Puis il est allé jouer au ballon (avec Dieu dans les buts ?) pour bien montrer qu’il s’en foot !

(Photo : Goran Tomasevic)

“S’il vous plaît, s’il vous plaît, je vous appelle au secours, vous les journalistes, levez-vous pour vos confrères, levez-vous pour la liberté de la presse. Moi j’ai vu, au début de l’année, des millions de gens dans la rue pour Charlie Hebdo. Là on parle d’un pays qui est enfermé; d’un peuple qui se fait massacrer. On a dépassé les paroles. Je vous en supplie, venez à notre secours.”

Hier matin, la chanteuse belgo-burundaise Khadja Nin est intervenue à la télévision belge pour attirer l’attention sur son pays d’origine.

Après avoir entendu (et lu) son appel, écoutez aussi son chant, aussi apaisant que les images qui l’accompagnent, signées Jeanne Moreau.

La grosse cavalerie

On peut avoir perdu toutes ses guerres depuis 70 ans et continuer à rouler des mécaniques.

C’est ce que fait actuellement l’armée étasunienne en Roumanie, où le 2e bataillon du 2e régiment de cavalerie commandant est en exercice pour une marche de 400 km à travers le pays. Plus de 300 soldats et 100 véhicules de combat participent à cette grande parade, que leurs chefs annoncent comme une “démonstration de la capacité de l’Otan à se déplacer librement dans la région”. Chouette non, cette belle liberté !

Et pour que les autochtones puissent goûter aux joies de la liberté, les braves soldats ricains rejouent la scène qui leur a valu tant de succès il y a 70 ans en Europe et depuis sur les écrans d’Hollywood, avec le concours amical des populations conquises. Au sens figuré bien sûr. Ils étaient ainsi plus de 2000 — selon les organisateurs – à Ploesti en fin de semaine dernière, à venir admirer les soldats, leurs uniformes et leurs équipements. À “s’agiter comme s’ils avaient attendu les Américains toute leur vie.”

Et pour calmer leur excitation, ils ont même eu droit de faire joujou avec les fusils.

Au moment où les derniers champs de bataille étasuniens (Irak ou Afghanistan) connaissent un regain d’activité avec le départ de leurs “libérateurs”, cette démonstration de déplacement libre en milieu amical en réjouira peut-être quelques-uns.

À ceux qu’elle fait gerber, sachez qu’un dépôt de gerbe est justement prévu pour clôturer cette semaine de festivités, jeudi au mémorial de la Seconde Guerre mondiale.

Je vous laisse chercher où il se trouve en Roumanie. Pour ma part je resterai chez moi…

(photos : Vadim Ghirda)

Roumanie ET accordéon avec, pour calmer l’excitation de vos gambettes avides de danser plutôt que de marcher vers la guerre, les Taraf de Haïdouks, qui nous viennent de Clejani, au sud de Bucarest, et nous interprètent Clejani Love Song, extrait de leur album Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts.

François vs François

Dimanche 10 mai 2015, après sa rencontre avec François (le pape), Raúl Castro a été dithyrambique : “Je suis sorti de cette rencontre très marqué, vraiment, par sa sagesse, sa modestie et toutes les vertus que nous connaissons. Je lis tous les discours du Saint-Père et j’ai dit au président du Conseil [italien] que si le pape continue à parler ainsi, un jour je recommencerai à prier et je retournerai à l’Église catholique. Et je ne le dis pas pour plaisanter.”

Avant-hier, après sa rencontre avec François (notre président), Raúl Castro a été… discret. Aucune grande déclaration à la presse. À peine si les deux présidents “ont évoqué l’idée de renforcer le partenariat France-Cuba dans le respect du rythme et de l’identité de chacun”.

Et rien de plus sur le site de l’Élysée, où hier encore la visite officielle à Cuba était annoncée deux fois avec un lien toujours actif sur le 4 mai :

Ce qui témoigne une nouvelle fois de l’importance relative des deux François de l’actualité du moment. Et qui me confirme qu’il n’est d’aucun intérêt d’inviter dans ce blougui qui parcourt le monde à sa manière un individu qui a autant de mal à entrer dans le présent que dans l’histoire. À ce sujet, je signale aussi aux responsables de communication de l’Élysée que dans la (bonne) rubrique “Visite officielle en République de Cuba” il n’y a aucune mention de la rencontre “historique” entre François Hollande et Fidel Castro.

Et franchement, c’est bien pour ne pas être amalgamé avec l’UMP que je n’en conclurai pas que c’est “pathétique” (un peu comme la une de Libération d’avant-hier, non?)

(photos : Gregorio Borgia, Présidence de la République, Alex Castro –
montage pour Libération : Yorgo Tloupas)

Pour vous choisir la musique du jour, j’ai parcouru les pages musicales de l’excellent site Havana Culture où, après bien des hésitations, j’ai porté mon choix du jour sur Yusa. À cause des lignes de basses qui accompagnent son champ et aussi des images de Patagonie qu’elle nous offre dans son clip De Colores.

L’occasion d’une dédicace à deux amoureux qui m’ont offert le magnifique livre de Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du sud, qui me permet de voyager en mots et en images dans ce bout du monde extraordinaire qu’est la Patagonie (et de ne pas subir François Hollande pendant 10 jours à la une de ce blougui…)

dernieres-nouvelles-du-sud

Comme un air de fête !

Si vous n’étiez pas à Yasothon (Thaïlande) à la fin de la semaine dernière, abcdetc vous a trouvé pour vous consoler quelques images de la Boun Bang Fai (ประเพณีบุญบั้งไฟ ou Fête des fusées) qui s’y déroulait. Une cérémonie bouddhiste qui marque le sixième mois du calendrier lunaire, au cours de laquelle les paysans demandent aux dieux de bonnes récoltes et des pluies abondants, en leur adressant des fusées géantes en bambous décorés.

Il paraît que c’est aussi une fête de la fertilité, avec des phallus géants dressés vers le ciel par des hommes habillés en femmes. Mais je n’en ai pas trouvé d’images… Juste celles des malheureux artificiers dont les fusées n’ont pas explosé.

Vendredi dernier, Kim Jong-Un n’était pas non plus à Yasothon. Mais le “Commandant suprême de l’Armée du Peuple coréen” s’est consolé avec son nouveau missile balistique sous-marin qu’il a lui même imaginé puis testé avec un “succès révélateur”, et qu’il présente comme une “arme stratégique de niveau mondial”.

Mais rassurez vous, au niveau mondial, nous avons aussi de quoi nous offrir un sacré beau feu d’artifices, si l’on en croit l’inventaire des têtes nucléaires disséminées ici ou là, publié récemment par Le Parisien, selon les chiffres du Bulletin of the atomic scientists.

Enfin je ne sais pas si cela est vraiment rassurant…

(photos : Taylor Weidman, David Longstreath, KCNA)

Même s’il n’inonde pas Internet, il était plus facile de vous trouver un peu de rock thaïlandais que nord-coréen.

The Paradise Bangkok Molam International Band sera en concert cet été au Paleo Festival (où je ne vais plus depuis belle lurette, mais que de beaux souvenirs) qui présente le groupe comme une dreamteam thaï et Kammao Perdtanon comme le Jimi Hendrix du luth thaï.

Je vous laisse en juger.

Ensemble, sauvons la démocratie !

Honnêtement, ce blougui a beau avoir une réelle fibre écologiste et s’intéresser de près aux problèmes environnementaux qui nous menacent largement plus que la planète qui nous survivra, je n’aurais pas couvert les manifestations de la fin de semaine en Roumanie si un détail n’avait attiré mon attention.

À l’appel de 26 ONG environnementales, 2 500 à 5 000 personnes ont manifesté samedi 9 mai dans les rues de Bucarest et ils étaient au moins 20 000 au total dans 40 villes de Roumanie (Brasov, Barlad, Baia Mare, Craiova, Cluj, Iaşi, Alba Iulia, Drobeta Turnu Severin, Arad, Focsani, Galati, Mangalia, Miercurea Ciuc, Oradea, Pitesti Ploiesti, Radauti, St. George, Sibiu, Sighisoara, Suceava, Targoviste, Timisoara, Tulcea et Vaslui) ou à l’étranger (Berlin, Chisinau, Copenhague, Dublin, Londres, Luxembourg, Madrid, Milan, Montréal, Toronto, Munich, Pristina, Stockholm et Vienne…) à protester contre l’exploitation illégale de la forêt nationale, la “plus grande surface de forêts vierges de l’Union européenne”.

Les Roumains demandent donc à leur gouvernement de sauver leur forêt, dont 3 hectares disparaissent chaque heure, au profit des prédateurs étrangers, notamment la société autrichienne Holzindustrie Schweighofer, qui ne semble pas très regardante sur l’origine légale ou illégale du bois.

Outre les milliers de manifestants affirmant leur unité pour défendre la forêt, des milliers d’internautes ont déjà signé une pétition en ligne pour inciter le Parlement à renforcer la loi de protection de ce patrimoine.

La pression de la rue et d’Internet semble payante, puisque le parlement roumain a prévu d’étudier dès mardi les conditions d’application de la loi forestière, encouragé par le président roumain, Klaus Iohannis, lequel a jugé les manifestations de samedi “légitimes”.

Comme quoi, on peut croire un peu à la démocratie. En Roumanie…

Ce qui est contradictoire avec la fameuse photo qui a attiré mon attention, où l’on voit un cochon de papier affirmer que la démocratie est un mensonge, en anglais et devant la statue de … Charles de Gaulle qui trône sur la place éponyme de Bucarest.

Mais c’était peut-être un message à notre attention ?

(Photos : Vadim Ghirda, Alina Dumitriu, Ramona Găină, Cristian Delcea, DR)

Et j’ai trouvé une vidéo qui colle pour la rubrique accordéon du lundi ET l’anniversaire de la mort de Bob Marley. Renée de la Prade dans une interprétation très personnelle de Concrete Jungle :

Une bonne guerre ?

(photos : archives – DR)

Si je rate pas mal d’anniversaires et de commémorations, je n’allais quand même pas laisser passer le 70e anniversaire de l’armistice marquant la fin de la guerre la plus meurtrière de l’histoire (+ de millions de morts, comme nous le rappelle le modérateur du … forum de la guerre).

Même s’il a fallu attendre le 15 août pour que le Japon annonce sa capitulation après les bombardements atomiques d’Hiroshima (90 à 250.000 victimes) et Nagasaki (35 à 80.000 victimes) les 6 et 9 août 1945, on ne va pas chipoter, ni gâcher les festivités

Ni rappeler la soudaine explosion du nombre de résistants à la libération, préférant évoquer le Programme Nationale de la Résistance qu’ils nous ont légué (création de la sécurité sociale et de la retraite qui va avec, programme de nationalisation, libertés démocratiques et de la presse, etc.)

Ni rappeler que notre ex Président sur le retour s’est employé à démolir méthodiquement ce socle du “modèle social” français, ni que, finalement, c’est le “modèle” allemand qui est en train de gagner.

Puisque c’est jour de fête et de célébration de la fin de la guerre.

Mais pas vraiment des guerres.

Sans remonter 70 ans en arrière, j’ai juste regardé du côté de l’année écoulée, avec l’aide de mes confrères de l’agence Reuters qui ont publié il y a quelques semaines un classement des 15 conflits les plus meurtriers de 2014.

  • Inde : (976 morts)
  • République démocratique du Congo (1235 morts)
  • Yemen (1500 morts)
  • Israël-Palestine (2365 morts)
  • Libye (2825 morts)
  • République centrafricaine (3347 morts)
  • Somalie (4447 morts)
  • Ukraine (4707 morts)
  • Soudan (5335 morts)
  • Pakistan (5496 morts)
  • Sud Soudan (6389 morts)
  • Nigeria (11529 morts)
  • Afghanistan (14638 morts)
  • Irak (environ 21000 morts)
  • Syrie (plus de 7600 morts)

Un classement absurde, un décompte juste horrible… Où l’agence nous rappelle que le nombre de victimes a grimpé de 28% entre 2013 et 2014. Plus encore que les ventes d’armes. Chapeau !

Au vu de la situation du monde, ces tristes records risquent encore d’être battus cette année et dans les années qui viennent, avec la montée des extrémismes (bien médiatisée) comme celles des appétits d’appropriation de richesses (moins mises en lumière…)

Et à cette folie meurtrière qui nous menace tous, je ne sais pas trop comment résister. Ni si des Jours Heureux (ainsi que le Conseil national de la résistance avait titré son Programme) finiront par en naître.

Mais j’ai encore envie d’y croire. Et d’espérer…

(Photos : Danish Ismail, Edward Echwalu, Mohamed al-Sayaghi, Suhaib Salem, Thaier Al-Sudani, Siegfried Modola, Feisal Omar, Marko Djurica, Mohamed Nureldin, Zohra Bensemra, Goran Tomasevic, DR, Omar Sobhani, Thaier al-Sudani, Kai Pfaffenbach)

Quel que soit le champ de bataille, la guerre a quelque chose de répétitif.

Mais pas vraiment séduisant.

A l’inverse le musique de Terry Riley, le maître du minimalisme.

Pour célébrer le 50e anniversaire d’une de ses œuvres majeures, In C (en do), le collectif Africa Express – qui réunit de nombreux musiciens maliens, ou pas – nous en propose son interprétation.

Rompre le silence

Naturellement, on commence à parler beaucoup moins du Népal, plus de 10 jours maintenant après le tremblement de terre du 25 avril. Les nouvelles reléguées en pages intérieures nous parlent d’un embouteillage de l’aide humanitaire et de la longue reconstruction d’un pays dévasté. Mais ça ne fait plus frémir l’audimat…

C’est dire si le ravage de Gaza par l’opération “Bordure protectrice” en août dernier a peu de chances d’attirer l’attention. Surtout qu’il est toujours plus facile de témoigner de la compassion pour les victimes de catastrophes naturelles que pour celles d’une armée “démocratique”*.

Et c’est justement de l’intérieur de cette armée démocratique – Tsahal en langage journalistique politiquement correct et poétiquement réducteur – que nous sont arrivées lundi 4 mai de biens sinistres informations.

Dans un rapport sobrement intitulé This is How We Fought in Gaza (Comment nous avons combattu à Gaza), l’ONG israélienne “Breaking the silence” (Rompre le silence) donne la parole à plus de 60 officiers et soldats de l’armée israélienne qui ont participé à cette guerre tellement innommable qu’elle s’appelle “opération”. Et leurs témoignages sont édifiants…

À l’heure où j’écris ce billet, le rapport en ligne est inaccessible, mais je vous laisse lire certains de ces témoignages sur vos sites d’info habituels : Libération, L’Obs, Le Figaro, Le Monde, L’Express ou Courrier international

Ou écouter ce reportage de la Radio Télévision Suisse qui donne la parole à Yehuda Shaul, l’un des fondateurs de “Breaking the silence” qui dénonce le changement radical de doctrine de l’armée israélienne qui, à Gaza, a complété l’impératif “zéro risque pour nos forces” par une précision “à n’importe quel prix”. Y compris la vie des civils, considérés dès lors comme des cibles légitimes lorsqu’ils se trouvent dans les zones de combat. C’est-à-dire, en août 2014, l’ensemble de la bande de Gaza.

On m’objectera qu’à la guerre comme à la guerre. Mais la majorité des plus de 2 000 victimes de cette guerre (80 % selon le ministère de la Santé de Gaza, 69, 5 % selon l’ONU et 50 à 60 % selon … l’armée de défense d’Israël) étaient des civils qui ne demandaient qu’à vivre en paix.

Il sera encore plus long de reconstruire les 360 km² de Gaza que les 147 179 km² du Népal.

Et y construire la paix paraît parfois aussi illusoire que de vouloir arrêter les tremblements de terre.

Mais la terre a au moins l’excuse de son aveuglement.

(photos : Mohammed Salem, Ibraheem Abu Mustafa, Suhaib Salem, Mohammed Saber, Majdi Fathi, Banksy)

PS : * “Il est plus facile de s’occuper d’un désastre humanitaire lointain que de celui plus proche provoqué par Israël à Gaza”, a tweeté Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch , cité dans cet article de L’Union juive française pour la paix, où l’on apprend que la priorité des secours israéliens au Népal a été le rapatriement de 25 bébés nés de mères porteuses “achetés” par des couples homosexuels israéliens.

Un pays, une patrie… C’est tout ce que demandent les Palestiniens.

Homeland, c’est le titre du deuxième disque que nous offre Hindi Zarah. Je n’ai pas réussi à trouver où la Franco-Marocaine avait posé pour la couverture de cet opus.

Mais je sais que la photo est de Tala Hadid, la même artiste (anglaise d’origine irako-marocaine) qui a réalisé le clip de la chanson Any Story :

Pas de visage ?

« Mon véritable adversaire […] n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des États. »

Même si ce discours d’il y a à peine trois ans semble d’un autre âge, ou celui d’un schizophrène amnésique, ou les deux, il reste d’une sombre actualité. Crise après crise, scandale après scandale, obscénité après ignominie, le monde de la finance – et ses acteurs – continue de nuire et en toute impunité, de développer son petit trafic, de menacer des États et de détruire des vies… dans le vrai monde. Et à visage découvert !

Navinder Singh Sarao, lui, semble réellement presque sans visage. Une image floue filigranée, des photographes qui se ruent sans succès vers le fourgon qui l’amène au tribunal, quelques dessins d’audience… Arrêté le 21 avril dernier en Angleterre, le jeune homme de 36 ans a été libéré après versement d’une caution de 5 millions de livres (7 millions d’euros) bien loin des 40 millions de dollars qu’il aurait gagnés depuis 5 ans… et placés dans des paradis fiscaux ou dans son pays d’origine.

Mais ce n’est pas son enrichissement (modeste comparé à d’autres) que lui reprochent les États-Unis qui réclament son extradition, mais d’avoir fait plonger la Bourse de Wall Street le 6 mai 2010, lors d’un krach éclair. “Fraude électronique” et “manipulation des marchés”, ils appellent ça…

Je ne comprends pas tout aux affaires boursières, mais visiblement, certains qui comprennent mieux que moi concluent de la même manière, ou presque, que moi : un type qui gagne dans les 8 millions par an avec ses opérations boursières, aurait à lui seul fait dévisser le Dow Jones (plus ou moins 3 000 milliards de $ de capitalisation) de près de 10 % ? Ça ressemble à un bouc émissaire.

Et je n’arrive pas vraiment à comprendre non plus en quoi les programmes de ventes et achats fictifs de Navinder Singh Sarao diffèrent des algorithmes qui pilotent aujourd’hui la finance mondiale. Qu’un seul grain de sable puisse gripper ce système d’engrenages effroyable me paraît presque rassurant.

Comme me rassurent les photos complémentaires que je vous ai trouvées pour pallier le peu d’images disponibles de Navinder Singh Sarao. Leur détresse les humanise soudain, eux dont l’activité quotidienne plonge des millions de personnes de la vraie vie dans la vraie merde…

En toute impunité !

Sauf un petit trader indien, au nom à consonance musulmane pour certains (auxquels je rappelle que le patronyme Singh est plutôt l’apanage des sikhs) que la “justice” a pu rattraper grâce à la dénonciation d’un de ses sympathiques collègues…

Alors François, et ce grand combat contre l’ennemi… ça vient ?

(dessins : Priscilla Coleman – photos : Julian Andrews, Anthony Devlin, Chiara Albanese, Stan Honda, Mario Tama, Mario Tama, Seth Wenig, Henny Ray Abrams, DR)

Il existe un pays au monde où la finance a quelque peu plié.

Peut-être parce que son président, Olaf Ragnar Grimsson, décida en 2008, face à la crise financière de “Ne pas écouter les marchés financiers, mais le peuple”.

Une idée à suivre, mais qui n’entrera pas dans l’Europe.

Bref.

C’est d’Islande que nous vient l’accordéoniste de la semaine, Kría Brekkan (ou Kristín Anna Valtýsdóttir) filmée ici à Paris (avant la crise…) pour un Concert à emporter de la Blogothèque.