JR (abcdetc)

L’esprit de confusion

“Nos pays ne peuvent accueillir l’ensemble des femmes et des hommes qui pour des raisons économiques cherchent à venir vivre dans nos pays.” Emmanuel Macron, mercredi 12 juillet

Outre la fâcheuse répétition du mot pays, étonnante de la part d’un homme qui maîtrise tellement sa parole et sa communication, la reprise de ce discours déjà éculé de discrimination “nécessaire” entre bons et mauvais migrants m’a interpelé.

Pas seulement à cause de la certaine habileté politique de l’homme du ni droite ni gauche qui, quelques jours avant de se démarquer de Marine le Pen en reconnaissant la pleine responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’hiv, fait un clin d’œil à une grande partie de son électorat et au-delà, avec une distinction aussi perverse qu’incomplète.

“Humanité” d’un côté, “efficacité pratique” économique de l’autre. Et au milieu coule une rivière comme disait le film ?

Je ne pense pas céder à “l’esprit de confusion généralisé” en rappelant que personne ne migre en raison de quelque appel d’air et que, fuyant la guerre ou la misère économique, les personnes qui entreprennent ces longs périples vers nos contrées prospères “risquent leur vie dans leur pays”. On meurt aussi sur notre planète aussi de la mondialisation sauvage qui la gangrène.

Au milieu coulent des milliers de litres d’eau, pour reprendre le fil et revenir à nos moutons du jour. Depuis le début du mois des inondations meurtrières touchent l’Asie, montrant à ceux qui veulent bien le voir que le changement climatique est bel est bien à l’œuvre. Dans un rapport sur l’impact du climat publié vendredi 14 juillet, la Banque asiatique de développement évoque “un désastre annoncé” qui pourrait conduire à “un drame humanitaire” dans plusieurs pays de la région.

Le Bangladesh, où a été prise la photo du jour, est parmi les pays les plus menacés. D’ici à 25 ans il pourrait voir englouti un quart de son territoire et, en attendant, les inondations catastrophiques s’y intensifient. Les habitants résistent avec les moyens du bord, comme ici en emmenant brouter en bateau les animaux dans des pâtures ondées. Mais les solutions de fortune ne suffiront pas toujours.

Aujourd’hui, le Bangladesh présente à l’ONU un rapport sur le développement durable, qui rappelle que le développement durable ne doit plus être un simple slogan politique vide de sens et surtout d’effet et que “la communauté internationale se doit de renforcer des partenariats pour aider les pays en développement à lutter contre la pauvreté, les inégalités et les changements climatiques”.

Notre pourfendeur de la confusion généralisé – et ses compères – entendront-ils cet appel ? Ou bien on-ils déjà préparé les éléments de langage pour refuser toute aide – et toute responsabilité – le jour où les bateaux ne serviront plus seulement à mener paître les moutons mais mettront le cap à leur tour vers les îlots préservés d’une prospérité toujours mal partagée.

Le jour où nous serons tous menacés de couler.

Solidairement.

(Photo : Zakir Chowdhury)

Sous le nom de Sandel, la jeune Australienne Steph Small a publié The Shadows, une belle chanson d’alerte et d’espoir. Sa modeste contribution? C’était en 2009, déjà, et la vidéo a été vue… un peu plus de 46000 fois. Mais comme chaque pas compte, malgré tout, dans la lutte contre le réchauffement climatique ET la confusion mentale, je vous la propose en complément de programme.


Sauver Alep ?

Il m’arrive parfois de confondre. J’en suis confus…

Ainsi, en cliquant sur la miniature de la photo du jour, qui m’emmenait vers la galerie des “photos de la semaine” passée de mes confrères de Reuters, je me demandais dans quel spectacle figurait cette comédienne, toute vêtue de blanc, comme son visage… Je pensais peut être à de prochaines vacances dans un quelconque festival de rue, à Chalon-sur-Saône, à Aurillac ou ailleurs. dans ce pays en paix – malgré certains discours alarmistes – qui est le nôtre. Je me souvenais aussi du soldat blanc, Yuda Braun, arpentant les rues de Jérusalem pour y évoquer (invoquer?) la paix

femme-alep

Ce n’est qu’en agrandissant l’image et le visage que le sang a sauté au mien. M’a sauté au yeux. Et en lisant la légende, j’ai vérifié qu’il ne s’agissait pas de fiction mais du sinistre spectacle du monde : “Une femme blessée réagit sur un site touché par une attaque aérienne, dans la zone de la vielle ville d’Alep contrôlée par les rebelles…”

Je traduis approximativement, mais tout y est.

Et c’est de nouveau l’horreur qui est en scène.

Après deux mois d’une trêve toute relative, les bombardements de l’aviation russe (au service du régime de Bachar el-Assad) ont repris. Et c’est de nouveau de véritables crimes que Le Monde nous relate et auxquels le monde assiste. Impuissant ?

Et je sais que mes mots de désolation, de honte ou de colère ne serviront à rien de plus que les “efforts” diplomatiques ou les manœuvres militaires. Mais j’ai vu le regard de cette femme qui ne joue que sa vie, tellement dérisoire, tellement méprisée, tellement hagarde, mais tellement tendue aussi vers la lumière et l’espoir. Même ténue.

Alors, même si… je joins ma voix infime à celles des hommes et femmes de bonne volonté. Et des enfants aussi. Comme cette fillette et sa pancarte brandie dans une manifestation de solidarité avec les habitants d’Alep, à Tripoli au Liban dimanche 1er mai.

(Photos : Abdalrhman Ismail, Ibrahim Chalhoub)

Dans un autre article, Reuters consacrait un reportage à la jeunesse de Damas (la capitale syrienne à 4 heures de toute d’Alep) où les jeunes Syriens tentent de revivre “normalement”en “fumant, buvant des bières ou des sodas et en parlant de tout sauf de la guerre”.

Je n’ai pas réussi à déceler dans l’article la musique qui s’écoute dans ces nuits damascènes. Mais de fil en aiguille, j’ai découvert le groupe Khebez Dawle (littéralement Pain d’État) qui, passé du Liban à l’Allemagne, via la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Croatie, se revendique toujours de … Damas sur sa page facebook et appelle, sur son site Internet, les gouvernements du monde à témoigner de leur humanité pour mettre un terme au “génocide mené par le régime du gang nazi d’Al-Assad ».

Bref.

Khebez Dawle est actuellement en tournée … en Allemagne. Et en attendant qu’ils aient l’autorisation (et l’envie…) de venir chanter par chez nous, je vous laisse apprécier cette vidéo (dont je n’ai pas réussi malheureusement à traduire les paroles).

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L’envers vaut l’endroit

Après les bombes d’hier, c’est juste une coïncidence si abcdetc fait aujourd’hui encore l’étalage d’armes. Mais celles du jour paraissent bien inoffensives.

armes-mali

Les fusils que promène paisiblement ce soldat malien sont en effet… en bois.

La légende de la photo m’a finalement appris qu’il s’agit de fusils d’entrainement et, dans leur lutte contre le terrorisme (là-bas aussi…), les militaires maliens disposent de vraies armes et de balles bien réelles. Qui blessent et qui tuent.

J’ai eu comme un soupçon de regret, après avoir imaginé le potentiel du développement de l’arme factice sur notre planète. Si les hommes aiment se tirer dessus, comme de grands enfants qu’ils sont restés, la solution du fusil en bois (et du canon en plastique, de l’avion et du bateau de papier ou de la bombe à eau), aurait tellement d’avantages par rapport à toute la quincaillerie déployée sur les champs de bataille et de plus en plus ailleurs : pas de pertes humaines, pas de dégâts matériels, une tendance très chic au développement durable et une économie de près de 1499 milliards d’euros. Soit le montant des dépenses d’armement que je vous communiquais il y a peu ici, moins un petit quelque chose pour le bois, le plastique, le papier et l’eau. Qui commence à coûter cher dans certaines régions du monde.

Mais trêve de regret et de rêve. Les grands enfants sont devenus encore plus cruels qu’ils ne l’ont été dans les arrière cours de récréation.

Un dernier détail : cette démonstration “de force” s’est déroulée au camp d’entraînement de Koulikoro à l’occasion de la visite au Mali (la troisième en 18 mois) de la ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen. Élevée à cette occasion, m’apprennent mes confrères maliens, “au titre de Commandeur de l’Ordre national, à titre étranger, par son collègue malien, Tiéman Hubert Coulibaly”.

Avec une médaille même pas en chocolat !

(Photo : Michael Kappeler)

À cause des fusils de bois, j’ai naturellement pensé Au bon roi Dagobert, ses innombrables couplets et son fameux sabre du même métal… Mais le titre du jour vient plutôt de la version de Colette Renard, moins enseignée dans les écoles, maternelles ou élémentaires, dont vous trouverez ici les paroles.

Et ici, en cliquant au bon endroit, la version chanté.

Mais parce que nous ne sommes pas samedi et qu’abcdetc a posé son regard au Mali, j’ai préféré compléter le voyage en réinvitant Rokia Traoré, en la félicitant au passage de sa nomination par l’ONU comme “Ambassadrice de bonne volonté” auprès des réfugiés.

Après, Né So, sa poignante chanson “de bonne volonté” diffusée ici en février, la belle et talentueuse ambassadrice nous propose ces jours-ci un clip (en apparence) plus léger… avec Ilé.

[youtube mok4filTILs 600]


Histoire de cul

equinoxe-string-Vasily-Slonov“Quand on n’a pas le cul propre, on ne grimpe pas aux arbres.”

[Si j’écrivais mes billets sur Twi*er, je m’arrêterais là ?]

Je ne sais plus vraiment si ma grand mère a dit ça, elle qui réprouvait tellement la vulgarité et les gros mots…

Quoi qu’il en soit, ayant toujours eu le vertige à partir de 2 mètres du sol, je ne grimpais pas bien haut. Maintenant aussi…

Et je sais depuis longtemps que je ne suis pas irréprochable et que si j’attends de l’être pour m’exprimer, je n’ai plus qu’à sagement fermer ma gueule.

Comme Obama à Cuba.

Hier matin, après avoir rédigé cette introduction, je suis allé mériter mon salaire au travail qui me paye, où j’ai retrouvé un extrait d’un livre d’Eduardo Galeano, Le Football, Ombre et Lumière, dans lequel l’auteur uruguayen évoque (entre autres) le Mondial 2006 et la situation planétaire dans lequel il se déroula :

Comme d’habitude, les avions de la CIA hantaient les aéroports européens, faisant comme chez eux, sans autorisation ni avoir averti personne ni rien, et transféraient des prisonniers vers les salles de tortures réparties à travers le monde.

Comme d’habitude, Israël envahissait Gaza, et pour récupérer un soldat kidnappé kidnappait, à feu et à sang, la souveraineté palestinienne.

[…]

Comme d’habitude, des sources bien informées de Miami annonçaient la chute de Fidel Castro, qui n’était plus qu’une question d’heures.

Comme d’habitude, on avait la confirmation qu’à Cuba on violait les droits de l’homme : à Guantánamo, base militaire nord- américaine en territoire cubain, trois des nombreux prisonniers enfermés sans accusation ni jugement étaient retrouvés pendus dans leurs cellules, et la Maison-Blanche expliquait que ces terroristes s’étaient suicidés pour attirer l’attention.

Bon d’accord, en 2006, Barack Obama n’avait pas encore succédé à George W. Bush, mais en 8 ans de règne il me semble que le prix Nobel de la Paix 2009, un peu par anticipation et “pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples” n’a pas vraiment tenu sa promesse de fermer le camp de Guantánamo (à 1h30 d’avion de La Havane) où sont encore détenus une centaine de “prisonniers”.

Je ne vais pas me lancer dans une défense de la politique cubaine en matière de droits de l’homme, au risque de me faire envoyer au goulag ou dans les démocratures pour voir si je peux y écrire aussi impunément qu’ici mes petits billets.

Mais si je suis bien d’accord avec la fameuse citation de Churchill disant que “la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres”, je pense avec Sade qu’il nous faut – en France comme ailleurs – faire “encore un effort si [nous voulons] être républicains”.

Et redonner leur dignité aux millions d’exclus de la grande générosité démocratique : aux expulsés de chez eux aux Etats-Unis, en Espagne ou ailleurs suite à l’effondrement du Monopoly des subprimes, aux autres victimes de nos “chères” banques surendettés jusqu’à la faillite, aux chômeurs qui n’ont rien compris au marché de l’emploi et à la nécessité de se flexibiliser, aux précaires qui ne le sont pas encore assez (flexibles), aux millions de pauvres qui font tâche dans la richesse de nos sociétés…

Mais qui ne meurent pas comme on meurent dans les geôles des dictateurs ou autrefois dans les goulags. Sauf de temps en temps sur un trottoir trop glacé, mais il a fait chaud cet hiver grâce au réchauffement climatique dont on aurait tort dès lors de se plaindre.

Et qui, même essorés par un système qui a encore du souffle, sont libres. De leurs opinions et de les exprimer (s’ils ne s’appellent pas Edward Snowden ou Chelsea – née Bradley – Manning…). Ou de s’acheter une voiture pour devenir les esclaves modernes de l’économie numérique. Comme pour nous rappeler que les démocratie “exemplaires” de l’Antiquité fonctionnaient grâce à une masse d’esclaves au sevice de quelques citoyens.

Bref.

Il n’y aura pas de photo de la famille Obama sous la pluie cubaine aujourd’hui sur abcdetc. Mais, à propos de goulag, je vous ai trouvé une image en provenance de Krasnoïarsk, en Sibérie, où l’artiste Vasiliy Slonov a fêté l’équinoxe de printemps avec une performance intitulée (selon l’agence Reuters qui m’a fourni ce cliché comme à nombre de mes confrères de la presse internationale) “Siberian Spring’s Strings”.

Je vous laisse traduire, je n’ai pas trouvé d’équivalent français pour string.

Et je pense que les jeunes filles qui accompagnent l’automobile ont le cul plus gelé que sale…

(Photo : Ilya Naymushin)

Qu’est ce que vous croyez ?

Je n’allais quand même pas survoler Cuba sans vous en rapporter un peu de musique. (Mais non, pas les Stones…) Et je vous propose même une balade dans la Havane en compagnie de Raúl Paz qui, après quelques années par chez nous, est reparti vivre à Cuba d’où il nous adressé en 2010 Havanization.

[youtube EuaVbePQipc 600]


Aux chiottes !

“Nous devons continuer d’éduquer et de protéger les populations les plus exposées, et de faire évoluer les mentalités et les pratiques anciennes auxquelles se heurte la quête de dignité.”

Ces mots de Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, n’ont rien à voir avec l’actualité. En tout cas pas avec notre triste actualité hexagonale qui en vient à occulter toutes les autres, nous faisant presque oublier que le monde compte 192 autres États que le nôtre et 7.316.644.771 humains (chiffre provisoire au moment où j’écris) d’une autre nationalité.

Ainsi, hier matin le rugbyman néo-zélandais Jonah Lomu n’a eu droit qu’à 13 secondes sur les 15 minutes que durait le journal de 8 heures que j’ai écouté chez France-Culture. À peine plus que les 10 seconde consacrées aux 32 morts (et environ 80 blessés) victimes d’un attentat attribué à Boko Hara sur le marché de Yola dans le nord-est du Nigeria (10 secondes…).

Et je ne suis pas allé compter ailleurs, sur des sites d’information dont tout le temps de cerveau disponible était accaparé par une femme qui se faisait sauter

(Pour les lecteurs trop pressés qui ne cliquent pas sur les liens, je remets le dessin de Barros que j’ai posté hier en commentaire, ainsi que … le lien vers le site de son auteur, Barros…)

Tous unis vraiment ? C’était la question que posait hier la matinale de France-Culture. La réponse est au-dessus. Pas dans le dessin mais dans le traitement de l’information dans notre pays en temps de guerre.

Bref.

Pour en revenir au propos de Ban Ki-moon, ils sont extraits du communiqué rédigé par le Secrétaire général de l’ONU à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes qui se déroule aujourd’hui pour la troisième fois depuis l’adoption de la résolution “L’assainissement pour tous” en juillet 2013. Et dont l’ONU espère qu’elle cessera en 2025, date à laquelle devrait être éradiquée “la défécation à l’air libre”.

Laquelle concerne encore plus d’un milliard de terriens. Sans compter les 1,4 milliards d’autres qui n’ont pas accès à des sanitaires décents.

On espère qu’il n’y a pas de terroristes parmi ces déshérités de la défécation. Sinon il sera difficile d’aller les “buter jusque dans les chiottes”, selon la menace de Vladimir Poutine au siècle passé, délicatement reprise ces jours-ci sur les réseaux “sociaux”.

(Photos : Mike Hutchings, Akintunde Akinleye, Bassam Khabieh, Ivan Alvarado, Lucas Jackson, Yannis Behrakis, Jason Lee, Thierry Gouegnon, Thomas Peter, David Gray, Thomas Mukoya, Jamal Saidi, Muhammad Hamed, Mariana Bazo)

Je n’ai pas eu le courage de légender toutes les images du jour en provenance d’Afrique du Sud, d’Alaska, du Chili, de Chine, de Côte d’Ivoire, de Grèce, de Jordanie, du Kenya, du Liban, du Nigeria, du Pérou, de Russie, de Syrie et du Tibet.
Merci à Reuters de les avoir réunies (avec quelques autres) dans cette courte vidéo…

Et aussi bon anniversaire à mon non encore lecteur qui fête aujourd’hui ses … 2 ans !

Il y avait aussi des choses intéressantes dans la matinale de France-Culture hier matin… Merci à Mathieu Conquet de m’avoir fait découvrir The Langston Project qui réunit des textes de Langston Hugues (1902 -1967) sur des musiques du guitariste danois Hasse Poulsen. Si vous n’avez le temps de n’écouter qu’un morceau, allez directement au n°6 I Dream A World.


Les jours heureux

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. Benjamin Franklin

D’abord la sidération.

Puis le silence.

Que j’aurais pu garder encore. Longtemps. Noyé des mots des autres. Des journalistes insatiables aux politiques indignes. Bercé par une radio qui égrène le nombre de victimes dans un macabre compte à débours, qui glose, explique, radote, invite dans un grand ramdam les quidams et les spécialistes en tous genres à mélanger leurs propres mots, tend l’oreille aux rumeurs, aux petites phrases. Mésinforme en boucle jusqu’à la nausée…

Un samedi noir sur la terre. Un week-end de deuil qu’il n’était pas utile de décréter. Comme il était peut être déplacé de décréter l’état d’urgence, symbole d’un temps peu glorieux de notre histoire nationale et signe d’une surveillance de la liberté chérie censée combattre avec ses défenseurs.

Comme si les terroristes avaient gagné leur pari de détruire la démocratie. Et flotte alors le souvenir amer de tous ces discours de début d’année sur la nécessité de la reconstruire…

J’aurais pu me taire d’urgence.

Après tout, qui se soucie de ce que je pense. La radio ne m’a pas invité à m’exprimer.

Alors, j’ai pensé à quelques uns d’entre vous, cette poignée de regards fidèles, qui parfois m’encouragent à donner de ma petite voix de traverse.

J’ai repensé à ce “spécialiste” de la lutte contre la terreur (dont j’ai oublié le nom) qui appelait à faire des choix, en donnant plus de moyens à l’ordre et à la sécurité, au détriment peut être d’autres politiques moins urgentes dans ces temps de guerre… Et à d’autres propos de la même eau qui m’ont fait bondir.

J’ai tourné, retourné, écrit, biffé, tenté de dire.

Le résultat est brouillon. C’est ainsi. Je ne suis pas des grands penseurs du temps. Mais je pense de toutes mes forces que j’ai presque plus peur de la société que nous annoncent ceux qui prétendent la défendre à tout prix, que de ceux qui tentent de la détruire. Même au prix de leur vie.

Je le répète en préambule : je ne défends aucunement les opinions nauséabondes des terroristes et de ceux qui les inspirent, téléguident et financent. Je n’ai aucune sympathie pour l’idéologie totalitaire défendue par de prétendus croyants qui insultent le dieu qu’ils prétendent servir…

Mais il y a chez eux un “idéal”.

Et à cet idéal criminel, nous n’aurions plus que le “choix” de dépenser plus pour la sécurité, l’ordre et son maintien, la police et l’armée. Et la justice peut être, pour enfermer les coupables d’opinion, dans des prisons qui débordent déjà… Et rétablir la peine de mort ?

Et choisir de dépenser moins pour l’éducation ou la culture, qui forment et construisent des citoyens ?

Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, en voyant François Hollande et ses ministres sécuritaires poser devant le Bataclan, j’ai encore regretté qu’il soit si mal conseillé. Que personne ne lui ait glissé l’idée de rester à la maison en laissant travailler ceux qui s’occupaient des morts et des blessés. En ne surchargeant pas de travail ceux qui assuraient la sécurité du quartier… Ou alors, quitte à céder à l’automatisme d’une présence inutile, sauf à témoigner d’un intérêt présidentiel qu’il paraît terrible de devoir ainsi réaffirmer, de se faire accompagner des ministres concernés, Éducation, Culture, Santé, Jeunesse et Sports… Et de les inviter au Conseil de sécurité.

Mais ce n’est pas la conception du moment dans une société en guerre. Pour la défense de la démocratie !

Mais quel idéal offre aujourd’hui cette société ? Que proposons nous comme alternative au fanatisme ? La consommation, la compétition, l’argent, l’individualisme protecteur de l’avoir. Et pour ceux qui sont exclus de l’élite possédante ? Le choix de survivre. Ce qui est mieux que celui de mourir, je vous l’accorde, mais bien peu enthousiasmant, reconnaissez-le.

J’espère encore que nous fassions le choix du vivre ensemble, de la fraternité, que nous menions de nouveau la révolution vers l’égalité. Réelle. Des chances, de l’épanouissement, de l’emploi, du travail, d’une vie profitable, mais au delà des profits financiers. Que nous réinventions une société de partage : de l’espace, du bonheur, des richesses, des ressources du monde, de la pensée de l’autre, des beautés du monde, de l’imaginaire.

Ce n’est pas seulement de plus de sécurité dont nous avons besoin, pour préserver nos “valeurs” en réduisant nos libertés. Mais de réinventer l’égalité, de retrouver les clefs de la fraternité.

J’aimerais tant que nous puissions ne pas seulement partager les deuils, dans une unité nationale provisoire et éphémère, mais aussi les joies (et pas seulement quand la France gagne une coupe du monde, même si je déplore au passage que les attentats de vendredi nous aient privé de la saveur de la victoire contre l’Allemagne).

À propos de victoire contre l’Allemagne… Je ne défends pas plus l’islamisme et tous ses avatars que le nazisme, le fascisme et tous leurs avatars de l’époque et d’aujourd’hui encore. Mais je crois savoir que la “barbarie” nazie ne fut pas vaincue seulement pas la puissance yankee (on oublie tellement facilement les Russes…) mais aussi, surtout, par la volonté des résistants qui se sont battus alors pour la liberté. Et aussi pour le bonheur.

Les jours heureux : c’est le titre du Programme national de la résistance, mis en œuvre à la fin de la guerre. Et soigneusement détricoté depuis, notamment par Sarkozy, et dont Hollande, Valls, Macron et d’autres éparpillent les derniers lambeaux.

Comme autrefois contre les idées odieuses des nazis et des fascistes, il nous faut lutter aussi avec les armes d’une foi convaincue en des jours meilleurs, des lendemains qui chantent et pourquoi pas des grands soirs, pas endeuillés, sauf par la mort des tyrans de l’argent et du pouvoir.

Il ne suffit pas de déclarer la guerre à ceux qui veulent la guerre. Il nous faut imaginer une société de la paix.

Il est vain de lutter contre “l’idéologie” islamiste si nous ne retrouvons pas d’idéal.

Comme il est vain de n’avoir comme programme, pour les élections qui viennent et dont la campagne s’est brutalement interrompue, comme pour les suivantes, d’empêcher le FN d’accéder au pouvoir. Ce parti extrémiste a pour sa part un programme. Détestable, exécrable, mais qui convainc de plus en plus de gens. C’est en trouvant autre chose que la bataille (feinte?) contre ce parti, qu’il peut être envisagé de le combattre. Et de combattre ses idées. En luttant réellement contre les inégalités, c’est à dire contre ceux qui accaparent les richesses, en se battant contre le chômage, à travers le droit réaffirmé de travailler dignement et pas en développant l’asservissement des travailleurs, en se battant contre la pauvreté, dans l’un des pays (le 5e, le 6e, je m’en moque…) les plus riches du monde comme ailleurs dans les pays où l’on rêve d’eldorado, en assurant de vrais droits au logement, et pas seulement dans des cités ghettos de plus en plus éloignées de la vie, à la santé, à l’éducation, à la culture, au bonheur.

En ayant enfin le courage d’un programme. Commun, comme celui que sabota en son temps Mitterrand. Ou des jours heureux…

Auxquels j’ai envie de croire encore. Malgré tout !

*

Je n’ai pas oublié la ligne de ce blougui. Aussi ce (long) article est-il illustré des lumières que le monde a allumées pour notre pays. Et comme j’aimerais encore croire à la France des lumières.

(Et comme me fait vomir la colorisation en bleu-blanc-rouge de f$$$k, tellement peu solidaire quand il s’agit de payer les impôts pour financer la société dont il tire profit…)

(Photos : Aly Song, Marcos Brindicci, Alexander Schippers, Asit Kumar, Vladimir Simicek, Leo Correa, Denis Balibouse, David Mdzinarishvili, Mussa Qawasma, Kacper Pempel, Arben Celi, Stevo Vasilijevic, Ammar Awad, Marko Djurica, Chris Helgren, Melo Moreira, Licata Caruso, Jason Reed, Gérard Julien, Hannibal Hanschke, Stephen Lam, Tomas Bravo, Suzanne Plunkett, DR)

J’ajoute un moment de silence en pensée pour toutes les victimes tellement inutiles. Sans ruban noir, comme d’autres hypocrites qui ont recyclé celui de janvier. Mais avec la Colombe de même couleur de Picasso… Pour croire encore à la vie !

 

Et parce que la musique est encore tellement indispensable…

Une mini mosaïque avec David Martello, le 14 novembre 2015 devant le Bataclan, et John Lennon, en 1971, chez lui.

[youtube MNRCTC1ElXQ 300 225][youtube yRhq-yO1KN8 300 225]


Par procuration

J’ai longtemps gardé le silence sur mondoblog et m’en excuse auprès des quelques fidèles auxquels j’aurai manqué.

C’est que même la duplication de contenu demande un temps dont je dispose de moins en moins.

Mais, puisque j’ai longuement écrit aujourd’hui, je peux bien prendre un peu (plus) de temps pour copier-coller l’article du jour, en provenance d’abcdetc canal historique

voter-avec-ses-pieds

Il y a plus de 6 mois, je me suis coupé le doigt en faisant la vaisselle. Je n’ai pas dit sectionné hein ? Juste bien entaillé par le bord tranchant d’une assiette qui s’est cassée en deux sous la pression de l’éponge. C’est vous dire si je ne fais pas les choses à moitié ! Belle entaille et beau sang rouge. Et depuis une gêne de tout le doigt voire de tout le bras dans les bons jours. Et les mauvaises nuits.

Je ne vous dis pas ça pour me plaindre ni pour témoigner de mon abnégation à poursuivre mes activités dans l’adversité depuis tout ce temps. Malgré ce handicap, finalement tellement dérisoire comparé à d’autres que je tairai ici par pudeur.

Juste parce que j’avais rendez-vous ce matin chez un spécialiste de l’auriculaire. Et des autres doigts. De la main tout entière. Droite ou gauche, sans discrimination. En ce qui me concerne, c’est l’auriculaire gauche qui fut tailladé. J’ai omis de le préciser tout à l’heure.

Mais le rendez-vous a été reporté par la secrétaire médicale qui m’a appelé en fin de semaine dernière pour m’annoncer que le Dr X serait en grève ce vendredi 13.

Pas de chance, me dis-je in petto, en hésitant du coup à parier mon obole sur un hypothétique gain de 13 millions au loto du jour. Avant de demander à haute voix à mon interlocutrice les raisons de ce mouvement d’humeur de mon praticien et de grève de ses collègues.

La pauvre bafouilla quelque peu, m’expliquant que la grève était pour la loi santé. Que je pouvais consulter sur Internet. Je rectifiais,  pour moi la grève était sans doute plutôt contre et je voulais bien qu’on m’explique plus précisément contre quoi. La pauvre secrétaire bafouilla davantage, visiblement peu préparée à mes questions. Elle m’expliqua que c’était pour la défense des patients et de leur liberté d’accès aux soins et tralala, blabla… N’étant pas d’un naturel sadique, je n’ai pas prolongé le calvaire de la pauvre secrétaire si mal informée par son patron. Je lui ai juste demandé de transmettre à celui-ci que je n’avais pas besoin qu’on fasse grève à ma place. Et j’ai remis à plus tard mon rendez-vous.

C’est hier, en croisant les “informations” sur LCI, que j’ai appris de la bouche d’un représentant des médecins libéraux dont j’ai oublié le nom que je ne suis pas allé rechercher (désolé) que les protestations médicales portaient notamment sur la généralisation du tiers payant, que ces nobles praticiens ne veulent pas subir. “Nous ne voulons pas être les otages de la sécurité sociale”, précisait le brave toubib. Sans que le contredise son interviewer en lui faisant remarquer : 1° que les “otages ” de cette grève devraient être les usagers selon la logique éprouvée à l’égard des fonctionnaires et autres agents de service public, notamment dans les transports ; 2° que la sécurité sociale est quand même le dispositif qui permet aux médecins d’être payés, ce qui fait d’eux d’une certaine manière les collègues des fonctionnaires qu’ils aiment bien dénoncer…

Bref.

Après cette longue introduction très hexagonale et donc hors sujet, je suis allé voir chez les Grecs, qui eux aussi faisaient grève (mais sans procuration), pour protester (encore) contre l’étranglement de la rigueur dont il croyait s’être un peu débarrassé en votant pour Syriza. Et dont le gouvernement d’Alexis Tsipras a fini par accepter de leur resservir une nouvelle tranche. La grève du 12 novembre contre ce gouvernement Syriza était d’ailleurs soutenue par… Syriza. De quoi devenir schizophrène. Mais j’ai compris malheureusement que l’état des finances de la majorité des Grecs ne leur permettait guère de consulter les psychiatres de leur pays. Dont je ne sais pas de qui ils se sentent otages : de leur gouvernement ou du “quartet” qui a succédé à la “troïka” qui veille à l’orthodoxie libérale des remèdes imposés à leur pays. Et qui venait vérifier tout ça sur place mercredi, à la veille de la grève générale. J’espère qu’ils ont été coincés à l’aéroport au moins…

Bref (bis).

J’ai toujours mal au doigt et au bras. Et la démocratie a des soucis à se faire aussi bien en Grèce que dans le reste d’une Europe de plus en plus sourde aux alternatives.

Les peuples vont continuer à voter de plus en plus avec leurs pieds, comme le dit l’expression figurée. Incarnée aujourd’hui par cette image en provenance d’Haïti, où plusieurs milliers de personnes ont manifesté mercredi pour protester contre le “vol” auquel se serait livré le président sortant, président Michel Martelly, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, le 25 octobre 2015, plaçant son poulain Jovenel Moïse (à l’affiche ici piétinée) en première position avant le second tour…

Je sais. Ce billet vous paraîtra peut-être long et sans vraiment de logique.

Mais ma conclusion, d’à propos en à propos, est simple :

Je ne donnerai plus jamais de procuration, comme celle qui me comptabilisa (contre mes consignes de vote) comme électeur de Chirac en 2002. Et je conseillerais au président sortant, s’il décidait enfin à faire appel à mes services plutôt qu’à ceux de communicants désespérants de démagogie, de cesser de jouer à faire monter la droite extrême en espérant ainsi emporter un deuxième mandat. Car, en 2017 comme en 2002 (et en 2007 et en 2012), je me refuserai toujours à voter à droite pour soi-disant faire barrage à l’extrême droite.

Et je ne suis plus seul à avoir compris que François Hollande, pas plus que Ségolène Royal et tant d’autres de leurs “camarades”, n’est “pas de gauche”.

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(Photo : Dieu Nalio Chery)

“La réussite dans la vie dépend de plusieurs facteurs, tels que : la volonté, la détermination, la discipline, le respect des valeurs sacrées, la croyance en soi, la sincérité, l’assiduité au travail et surtout la patience. Sur le plan de la réussite collective, tout cela ne servira à rien si tous les membres d’une société, d’un groupe musical ou d’une organisation ne sont pas vraiment animés du même esprit ou s’ils ne partagent pas les mêmes aspirations et les mêmes rêves. En d’autres termes, il faut qu’ils aient tous le même but.”

Quitte à être long, je n’ai pas résisté au plaisir de vous recopier l’introduction de l’article qui m’a conduit jusqu’à Zenglen, groupe haïtien que je vous laisse maintenant découvrir tranquillement.

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Sans hésiter ?

(Photo : Scott Barbour)

Parfois, en écrivant ces billets quotidiens, il m’arrive d’hésiter entre plusieurs sujets, plusieurs photos. Ou même d’hésiter à écrire, parce que je ne trouve rien à dire, pas les mots ou pas les photos.

Mais hier, je suis tombé sur Kane Petersen. Qui, heureusement pour lui, n’est pas tombé lors de sa traversée à 300 mètres au-dessus de Melbourne… malgré une crampe à mi-parcours.

Que voulez-vous : par nostalgie d’une profession que je n’ai pu embrasser pour cause de vertige intempestif, j’ai une admiration et même une certaine d’affection pour les marcheurs sur fil d’acier. Et même si Kane Petersen n’a battu que le record national et qu’il n’effacera pas le souvenir de Philippe Petit, j’ai eu un sourire de complicité pour lui.

Sourire partagé par plusieurs de mes confrères… La photo du jour s’est retrouvée dans plein de titres de la presse internationale. Très peu ma foi chez les francophones, mais abondamment chez les anglo-saxons :

  • Daredevil walks between two buildings on high wire 984ft above ground – with leg cramp (Mirror)
  • “Daredevil suffers leg cramp during Australia’s highest ever tightrope walk” (Metro)
  • Tightrope walker suffers leg cramp during daredevil stunt nearly 300m above ground (ITV News)
  • “Daredevil Kane Petersen in Eureka Tower tightrope walk” (Herald Sun)
  • Daredevil Kane Petersen in Eureka Tower tightrope walk (Adelaide Now)

Oserai-je vous avouer que j’ai d’abord cru que Daredevil était le surnom de Kane Petersen, avant que Wikipedia ne m’apprenne que “Daredevil est un personnage de comics appartenant à l’univers de Marvel Comics qui a été créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett dans la revue Daredevil n°1”. Et que “l’expression anglaise ‘daredevil’, souvent utilisée pour qualifier les acrobates ou autres cascadeurs, peut se traduire par ‘casse-cou’, littéralement ‘tenter le Diable’, de l’anglais dare (oser) et devil (diable). Il est souvent surnommé ‘L’homme sans peur’.

Moi qui en était resté à Davy Crockett en tant qu’homme qui n’a jamais peur…

Le plus drôle, c’est que juste après cette découverte linguistique, j’ai croisé en photos plein d’autres daredevils.

(Photo : Eli Martinez)

La plongeuse italienne Roberta Mancino dans le Golfe du Mexique : “Italian daredevil Roberta Mancino was completely unprotected when she swam just inches away from the huge jaws of an American crocodile.”

(Photo : Pedro Pardo)

Les plongeurs d’Acapulco, non loin d’elle.

(Photo : Landov)

Spencer Horsman, qui semble s’inspirer d’Houdini pour ses plongeons personnels quelque part au Canada.

(Photo : DR)

Robbie Madison, compatriote de Kane Petersen qui fait du surf en moto.

(Photo : Alkis Konstantinidis)

Et, toujours dans la série risques aquatiques…

Euh non…

La photo de ce réfugié syrien qui empêche ce gamin de se noyer ne date pas d’hier mais de dimanche dernier…

Et j’ai comme l’impression en voyant son visage qu’il a peur.

Et la sensation, en lisant le chiffre qui légende l’image de 500.000 migrants qui ont tenté le diable en 2015 pour venir jusqu’en Europe, que le monde n’a pas fini d’avoir le vertige.

Et quelques crampes.

Raison de plus pour applaudir Kane Petersen.

À cause de Davy Crockett, j’ai hésité entre Annie Cordy et Chantal Goya.

Mais je n’ai pas réussi à départager ces deux grandes dames de la chanson française qui survivront à Guy Béart.

Alors, à cause du funambule et après plusieurs tâtonnements de Raphaël à Grand corps malade, en passant par Gérard Lenormand et Thomas Van Eeckhaute accompagné par Lucille Marchel-Seumois

…j’ai retrouvé Jehan. Qui vacille comme s’il allait basculer mais s’en sort finalement pas mal de cette chanson de JR Caussimon et L Ferré : Le Funambule.


Le poids des photos

Hier, l’image du jour n’était pas à la Une d’abcdetc.

Ce n’est pas par choix éditorial, fausse pudeur, dilemme entre le montrable et l’innommable, interrogations sur la déontologie… j’en passe, comme j’ai entendu mes confrères de la presse sérieuse s’en justifier en écoutant (ou en lisant) les « informations” de midi.

Non, c’est tout simplement que je n’en ai pris connaissance qu’après mon réveil, alors que le billet du jour était déjà publié.

Mais l’image (les images) n’est pas là non plus aujourd’hui 4 septembre, même si je me suis senti obligé d’en parler. Comme naguère à d’autres moments…

Pas seulement parce qu’elle est choquante. Et si cette image de désolation révulse, elle n’est pas plus terrible que la détresse de milliers de personnes que j’ai vue ces derniers mois sur des dizaines de photos…

Mais parce qu’elle est presque trop “visible”. Et que le tapage médiatique autour de l’humanité échouée (qu’on l’écrive en français ou en turc…) est assourdissant.

Que les mots clefs n’ouvrent pas forcément les yeux, les cœurs, les consciences, les pays.

Et que si une image vaut 1000 mots, celle-ci m’a ôté tous les miens.

Mais tellement d’autres ont parlé, glosé, scandé, déclaré, commenté, invectivé, affirmé leur prise de conscience, jusqu’à l’écœurement, la nausée, l’indigestion devant toutes ces réactions, d’indignation, d’horreur, d’humanité, de bouleversement. D’une émotion qui, une fois de plus, remplace et empêche la réflexion, et de réaction qui remplace l’action, et son urgente nécessité… comme l’a écrit en quelques caractères un certain Premier ministre.

Une émotion qui, ce matin au moment où j’arrive enfin à retrouver quelques mots, cède déjà la place à la polémique.

Alors, ce matin encore, je n’ai pas publié la photo (les photos) du petit Aylan (Kurdi ou Shenu).

Parce qu’une photo, quel que soit son poids, n’a jamais changé le monde.

Parce que, comme le disait hier Laetitia Guillemin, présidente de l’Association nationale des iconographes et iconographe au Monde diplomatique :

“Je ne suis pas pour ce genre de photos. Il y a d’autres moyens que la manière frontale. Utiliser un enfant pour dénoncer la non-politique européenne sur la question n’est pas la solution.”

Parce que, grâce à mes confrères du Huffington Post Maghreb, j’ai trouvé d’autres images.

De vivants.

Des réfugiés syriens en Jordanie, en 2013. Trop vivants pour émouvoir et faire cesser la guerre dans leur pays ?

Des réfugiés qui parlent.

Parmi les messages qu’ils ont voulu transmettre (et que vous pouvez retrouver ici), on peut lire : “Sauvez les enfants syriens.” “Où est ma vie ?” “Mon enfance m’échappe.”

Comme autant d’appels à l’aide et à l’action.

Mais aussi : “Je veux retrouver ma vie d’avant.” “Je veux retourner en Syrie, mais c’est dur.”

Qui nous rappellent que les réfugiés, les migrants, les exilés, les naufragés, quel que soit le nom qu’on leur donne (et cette autre polémique du langage…) demandent autant à être accueillis qu’à pouvoir espérer repartir un jour chez eux.

Que si des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants arrivent par milliers en Europe (et meurent par centaines sur nos rivages), ce n’est pas seulement pour “profiter” de nos richesses, emmener les enfants à Disneyland ou faire leurs courses sur Internet. C’est aussi, d’abord, que leur quotidien n’est pas possible là où ils sont. Dans des pays en guerre, secoués de violence, détruits par les conflits…

Et que la reconstruction, après des années de destruction en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, en Somalie, en Érythrée, au Soudan, au Yémen… demandera autre chose que de l’émotion. Et ne se fera pas dans l’urgence.

Je sais. J’ai dit ce que j’ai pu…

(photos : Robert Fogarty)

La Family Atlantica propose plein d’autres vidéos sur son site. Mais celle-ci m’a paru d’actualité.

Just a Day on the Beach.

Et ne voyez aucun cynisme dans ce qui n’est qu’une amertume.


Exode massif

Une seule photo hier. Une quarantaine aujourd’hui…

Sur abcdetc, les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours.

Pas comme dans ce monde, parfois tristement répétitif…

À la longue liste des migrants, exilés, réfugiés et autres demandeurs d’asile qui parcourent le monde, il faut ajouter depuis le 22 août les sans-papiers colombiens qui vivaient “tranquillement” au Venezuela, jusqu’à la décision du président Nicolas Maduro de fermer la frontière entre son pays et la Colombie, jusqu’à une date “indéfinie”.

Pour le moment, juste un tronçon de 100 kilomètres de frontière (sur 2 219) a été verrouillé, seules 5 communes de l’Eat de Táchira (au nord du pays) ont été placées en état d’urgence et ils ne seraient que 1 000 à 2 000 Colombiens (sur près de 5 millions de personnes estimées) à avoir été expulsés.

On ne peut donc pas encore parler d’exode massif.

Sauf en jetant un œil aux bagages de ces nouveaux migrants traversant la rivière Tachira.

(Jose Miguel Gomez, Carlos Garcia Rawlins, Eliecer Mantilla, Efrain Patino, George Castellanos, Mauricio Duenas Castaneda)

N’ayant pas anticipé le billet d’aujourd’hui, je vous ai proposé hier d’écouter un groupe colombien…

Il me restait à trouver une musique vénézuélienne. Voici donc Pueblos Tristes, une chanson d’Otilio Galíndez, interprétée par Lilia Vera, et accompagnée de quelques autres photographies…