Combi-naison de photos

Article : Combi-naison de photos
2 avril 2014

Combi-naison de photos

Comment trouver une cohérence à un monde qui paraît ne pas en avoir besoin ?

A part le combi, ces trois photos n’ont aucun rapport sauf celui de venir de la même planète, dans le même temps. J’ai cherché le fil qui les reliait, avant de renoncer. Je n’ai que le pouvoir des mots. C’est si peu de choses.

afghanistan

La première photographie a été prise non loin d’Islamabad, où une enfant joue dans un camp de réfugiés afghans. Je l’ai trouvée au début du mois de mars et mise de côté pour un jour sans inspiration, de tristesse, de colère ou d’impuissance, où je sais qu’une image d’enfant jouant me réconforte toujours. Un peu. Les Afghans ici réfugiés ont fui devant l’invasion soviétique, m’a appris la légende. Et je me suis dit alors que cette enfant n’avait jamais connu son pays. Une exilée. Mais insouciant. Le temps au moins de jouer avec son minibus sur ce lit de fortune.

merkel-vw

La deuxième (double) photographie a été prise quelques jours plus tard, à la mi-mars, quand Angela Merkel a reçu – allez savoir pourquoi – un minibus Volkswagen lors d’un meeting électoral à Munich. A part les Européennes de mai prochain, je n’ai pas trouvé de scrutin outre-Rhin. Je me suis dit que la chancelière était prévoyante. Et je me suis étonné de son passage soudain de l’émerveillement à une sorte de dégoût. A-t-elle découvert que son bus était made in China ? S’est-elle souvenue de la fillette afghane et s’est-elle trouvée trop vieille pour s’émerveiller ? Ou a-t-elle pensé aux Soviétiques qu’elle a, elle aussi, subis lors de sa jeunesse en Allemagne de l’Est ?

ayrault

La troisième photographie a été prise lors des tentatives d’humanisation de l’ex-premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, posant “à bord d’un bus Volkswagen… qui roule toujours, 30 ans après”, expliquait la légende qui l’accompagnait. Il y a 30 ans, les Soviétiques n’avaient toujours pas quitté l’Afghanistan ni desserré leur influence sur l’Allemagne de l’Est. Où Jean-Marc Ayrault est peut-être passé au volant de son bus, puisque “l’été dernier encore [le premier ministre et sa femme] sont repartis à l’aventure. Ils ont notamment parcouru l’Europe de l’Est”. Passionnant… Mais je ne suis pas parvenu à éprouver la même empathie à l’égard de Jean-Marc Ayrault, qui va pouvoir de nouveau savourer ”son goût de la nature et de la liberté”, qu’envers la petite fille afghane.

Je n’ai pas trouvé la cohérence et j’ai renoncé. J’aurais juste réussi à mettre la fillette afghane à hauteur d’hommes et de femmes qui ne pensent jamais à elle. Et qui ne lisent pas abcdetc.

Un billet pour rien. Pour continuer. Pour exister…

(photos : Zohra Bensemra, Christof Stache, Brigitte Ayrault)

Même la musique aujourd’hui manque de cohérence. A part que Ndidi sera à concert à Munich le 12 avril prochain… C’est ténu comme un billet fragile.

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Commentaires

DEBELLAHI
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"J’aurais juste réussi à mettre la fillette afghane à hauteur d’hommes et de femmes qui ne pensent jamais à elle. Et qui ne lisent pas abcdetc."
C'est ça toute la cohérence. Belle combine (aison).

JR (abcdetc)
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Merci de l'indulgence du jour…